CARNET TECHNIQUE :

Construire Autrement à Paris, bardage extérieur en bois sur isolant biosourcé, CAP ?

Source : dossier SCE – CHENELET

Sans trop même se poser la question, nous avons démarré la conception en prévoyant le bâtiment de la Petite Fabrique avec un bardage bois. Un choix presque naturel pour affirmer le caractère démonstrateur d’écoconstruction et logique pour atteindre notre objectif de bas carbone.

Même raisonnement pour le choix de l’isolant en bottes de paille pour les parois verticales. Meilleur bilan carbone des isolants du fait de l’absence de transformation du matériau paille et du stockage du CO2 pendant la croissance.

Au moment du dépôt du permis de construire, échanges avec notre assistant ingénierie bois et le bureau de contrôle pour vérifier les textes applicables et les performances comportement au feu exigées pour le bardage.

Petit rappel réglementaire, notre projet est au sein du groupe scolaire Ivry-Levassor, établissement recevant du public classé en 2eme catégorie et nous avons choisi d’intégrer le futur bâtiment dans le même ERP, 2eme catégorie….donc exit les simplifications possibles dans les petits ERP mais c’est bien l’objectif de notre projet : maximiser les contraintes pour vérifier la faisabilité et la reproductibilité ! CAP ou pas CAP !

Après une phase intense pour comprendre le feuilleté réglementaire, nous avons trouvé le guide du CODIFAB

Pour revenir à notre projet de Petite Fabrique, finalement 2 grands cas de figures :

  • 1er cas : l’IT 249 est applicable et dans ce cas, en cas d’isolation biosourcée, le bardage doit avoir un classement euroclasse B…. aucun produit de bardage en bois naturel n’atteint ce classement ! Doncpas CAP !
  • 2eme cas l’IT 249 n’est pas applicable et le bardage doit avoir un comportement au feu euroclasse D
    SAUF SI L’ISOLANT DE LA FACADE EST BIOSOURCE; dans ce cas, un niveau euroclasse C est exigé.

voici le tableau qui récapitule les différentes hypothèses selon les matériaux des parois …on est prêtes à en rediscuter !

Sur notre projet, pas de sujet d’IT 249 avec C+D applicable puisque nos ouvertures ne se superposent pas donc nécessité de trouver un bardage bois EUROCLASSE C…et là les ennuis commencent ;

Un peu naïvement, au début de la conception, nous avions imaginé un bardage à claire-voie en mélèze naturel (pas de traitement ignifuge) avec une lasure de prégrisement (pour un vieillissement homogène)….

Mais 1er Véto le bardage à claire-voie est INTERDIT sur les isolants biosourcés ; cela s’explique par le fait qu’un bois à claire-voie peut être attaqué sur les 3 cotés, ce qui maximise la masse combustible et la rapidité de combustion. Bref, c’est interdit sur le biosourcé….uniquement possible sur un isolant non combustible, donc une laine minérale.

Et 2eme difficulté : il n’existe pas de PV feu permettant d’attester de manière générique un comportement euroclasse C d’un bardage bois, même en mélèze (le bois le plus résistant)…. Alors on fait la course aux fabricants de bardages pour savoir s’ils ont un PV spécifique EUROCLASSE C sur isolant biosourcé et cela n’a pas facile …

L’entreprise CHENELET a trouvé 2 fabricants ayant des PV feu mais encore une difficulté, le PV de l’un est valable uniquement pour un bardage mélèze naturel ou prégrisé posé à l’horizontal ou pour un bardage mélèze naturel posé à la verticale mais sans lasure de prégrisement.

Du coup, le seul bardage qui passe l’ensemble des critères est celui que l’on va poser et sur lequel nous avons eu l’accord de notre bureau de contrôle, le bardage à faux claire-voie SIVALP en mélèze avec une lasure de prégrisement et en pose verticale ou horizontale.

La semaine suivante, nous recevons un échantillon de bardage qui est satisfaisant et une référence de pose à l’école Rosa parks d’Ivry sur seine, ce nous permet de vérifier de visu le bon vieillissement avec 5ans de recul.

Et incidemment, nous posons la question de la provenance du bois.…français ? Et non, ce bardage est en mélèze de Sibérie, d’une foret gérée avec le label PFC mais quand même la Sibérie c’est loin et c’est pas bon pour le bilan carbone….Nous interrogeons le fabricant qui nous explique que le sujet est technique et nous comprenons que le bois pousse différemment selon les climats, que le mélèze français est dans un climat moins rude que celui de Sibérie et que de ce fait là, sa densité est moindre…donc moins résistant au feu.

Logique imparable de la nature ! Nous devons nous incliner, si l’on veut du bois M2 , il faudra aller le chercheren Sibérie pour notre projet.

Dans le cadre des échanges avec nos collègues architectes de la préfecture de Police, nous évoquons cette difficulté d’associer isolants biosourcés et bardage bois. Dans sa rédaction actuelle, le règlement de sécurité incendie dans les ERP a été écrit pour des structures conventionnelles en béton et la question du biosourcé nécessite une réecriture en profondeur…

A l’occasion de cet échange, nous évoquons également la complémentarité technique évidente entre le biosourcé et le plâtre, matériau anti-feu par excellence ; à Paris, les façades en plâtre représente une part majoritaire dans les constructions traditionnelles et il y sans doute quelque chose à réinventer de ce coté là.

Pour pousser un peu plus loin la réflexion, nous avons demandé à notre AMO de réaliser un comparatif d’analyse de cycle de vie entre 3 parois : structure bois, isolation paille et bardage bois douglas (français) , mélèze sibérie et un enduit plâtre. Le bilan comparatif confirme le meilleur bilan du bardage bois mais le parement plâtre est aussi très bien placé et peut s’avérer une solution bas carbone très acceptable ;

« On notera toutefois que les émissions de GES de la paroi la moins vertueuse (à parement minéral) se limitent à moins de 2 kg eq. CO2/m2 pour l’ensemble de son cycle de vie. Il s’agit donc d’un élément constructif dont le bilan environnemental reste très flatteur.
Alternative : afin d’améliorer le bilan environnemental du parement minéral, il est envisageable de remplacer le lattis en métal par un lattis biosourcé (bois, canisse, etc.). Toutefois, il conviendrait alors de vérifier la validité technique, assurantielle ainsi que le comportement au feu. »

Source Eco Etudes – Luc Froissac – études Ivry Levassor 2019

A SUIVRE

  • La réglementation feu va évoluer pour prendre en compte les évolutions techniques et notamment les isolants biosourcés – formation sécurité incendie à organiser avec les labos spécialisés type CSTB, labo de la préfecture de police, effectis et FCBA ?
  • La filière plâtre est une filière locale fortement implantée en région parisienne et il serait utile de rencontrer les acteurs pour échanger sur les potentialités de maximiser le recyclage plâtre sur nos chantiers – rien dans nos CCTP actuellement, évolution ? Partenariat ?
  • Des recherches sont en cours pour développer des techniques chanvre-terre-platre….à tester sur des chantiers Ville de Paris ? Partenariat ? Recherche et développement ?
  • Quid des traitements ignifuges des bardages bois extérieur? Nous avons contacté deux fabricants et la question est complexe, quid du vieillissement ? Des tests en laboratoires, mais quelle maintenance ?
    Sommes nous capables d’assurer un contrôle et une maintenance régulière de ce type de produit ?Quid de la compatibilité entre les produits si l’on change de fabricants ou qu’il n’existe plus ?…..a ce jour, pas de réponse totalement satisfaisante à ces questions …à suivre…
Les textes de références :

guide CODIFAB sur bois construction et propagation du feu par les façades version juillet 2019 ici

textes en vigueur sur la sécurité incendie consultables en version gratuite ici