Carnet de Chantier Confiné 8 – Vidéo chantier n°2 Insertion sociale et écoconstruction

Visioconférence confinée du 28 avril 2020, 11h00

Une visioconférence présentée par l’équipe de La Petite Fabrique accompagnée de Simon Deom, Frédéric Rojas et Thomas Dollet (bureau d’étude interne) de SCE/Chênelet™, ainsi que Luc Floissac de Eco-Etudes

Visioconférence juste ICI ou directement en dessous ⇊

https://www.youtube.com/watch?v=A8ODJR6ZsOA&t=23s

A retrouver ici en accès libre, les documents présentés lors de la visioconférence :

https://www.youtube.com/watch?v=yE2LZPkju7o

QUESTIONS/RÉPONSES avec Simon Deom et Fred Rojas du Chênelet , François Brillard de Alpes Contrôles et Guillaume Soulères de Arteria

>Pouvez-vous nous expliquer l’importance de l’étanchéité à l’air et pourquoi c’est majeur ?
Pour résumer, c’est comme avec votre manteau, ce n’est pas le tout d’avoir un gros manteau, il faut aussi le fermer pour ne pas perdre la chaleur qui est à l’intérieur. C’est un sujet important parce que faire une bonne isolation c’est très bien, mais particulièrement dans les bâtiments bois, il faut être plus vigilant, car le bois laisse plus de possibilités de fuite. Notre objectif est d’obtenir un Q4 de 0,6 m3/(h.m²).
Nos voisins européens sont plus exigeants, le référentiel standard belge est très proche du passif normé. En France, on en est loin, car il y a un rapport de trois entre le 0,6 qui est demandé en France et celui qui est demandé en N50 dans le passif. Q4 est la pression de référence qui est appliquée entre l’intérieur et l’extérieur du bâtiment. On applique une différence de 4 pascals entre l’intérieur et l’extérieur. N50, c’est qu’on met 50 pascals entre les deux pour le test. 50 Pa correspondent environ à la pression d’un vent de 32 km/h. L’étanchéité à l’air a été prise en compte dès le début du projet ; on a fait un test intermédiaire et un autre sera fait à la fin pour ajuster si besoin en cours de chantier.

>Avez-vous trouvé le problème concernant le taux élevé d’humidité ?
Il a beaucoup plu durant le montage du chantier et la dalle inférieure a été la plus atteinte, car elle récupérait toute l’eau de pluie. Normalement, on évite de monter les chantiers après septembre pour éviter les aléas météo. Mais nous avons eu des conditions assez exceptionnelles cette année, avec beaucoup d’eau.

>Quelles solutions ?
Hypothèse 1 : ne pas mettre l’isolant dans la dalle basse, mais ne convient pas à la préfabrication.
Hypothèse 2 : mise en place d’une bâche à la dimension du bâtiment à mettre avec un camion-grue pour avoir un chantier hors d’eau.

>Peut-on récupérer les informations des capteurs sur une GTB ou sur une plateforme internet ?
Oui, les informations seront disponibles sur une plateforme qui sera mise en ligne après la livraison du bâtiment en opensource. On a 20 capteurs qui nous donnent en continu l’évolution de la température et de l’humidité dans les parois dans différentes couches des murs et dalles. Les données sont récupérées et stockées pour la durée du projet de 3 ans. Les capteurs sont autonomes durant 3 ans

>Pouvez-vous décrire la mise en œuvre des joints (ou « compribandes ») entre les éléments préfabriqués ?
Pour les jonctions verticales, on ne met pas de « compribande » ou d’autres joints. D’expérience, ils doivent comprimés, mais pas trop, c’est difficile à mettre en œuvre. On a fait des clés d’assemblage pour lier les poutres en I entre elles. En intérieur et extérieur, on scotche pour l’étanchéité, respectivement au vent et à l’eau.

>Avez-vous remplacé l’isolant humide ?
Oui, on s’est mis d’accord que sur un projet comme celui-là, on ne pouvait pas prendre le risque d’attendre que ça sèche. On a préféré tester tous les éléments sur leur taux d’humidité et enlever ceux atteints. Les isolants les plus sensibles étaient les BatIPACs®, qui sont en sachets (PET recyclé) ; ils ont emprisonné l’eau. Et ce sont particulièrement dans les caissons horizontaux que le risque d’avoir de l’eau qui stagne est le plus important.

>Est-ce que l’utilisation du bois provenant de Sibérie peut se généraliser sur les chantiers de Paris ? Mais est-il compatible avec les objectifs de circuit court ?
On s’est beaucoup posé la question, on a eu le permis avec du mélèze naturel. Mais quand on a voulu avoir les autorisations de sécurité, on a buté sur la sécurité incendie. On a travaillé avec notre bureau de contrôle pour comprendre ce qui bloquait. Ce qu’on a compris c’est que la sécurité incendie, qui est évolutive, est dans une période de transition. Et pour le moment, il n’y a pas de tests qui ont été réalisés pour une structure bois + isolant biosourcé + bardage bois. En attendant, tout est fait pour limiter ce genre de projet.
On s’est même demandé si on n’allait pas faire un enduit plâtre… On a fait une ACV, où ce n’était pas si bien que le bois, mais correct. On a fini par trouver le mélèze de Sibérie et on l’a choisi car c’était le projet de base et on voulait montrer qu’il y a un frein important pour développer le bardage en bois. Le mélèze de Sibérie pousse lentement et a donc une densité plus importante, il résiste au feu.
Par exemple : le mélèze d’Autriche passe en pose horizontale, mais pas verticale.
Par exemple : le mélèze français pourrait marcher, mais pas pour un ERP de 2e catégorie.
=> on n’a donc pas été CAP de mettre du bois français dans cette situation.

>En fait, faut-il vraiment utiliser des bardages combustibles sur des façades d’ERP ou d’immeubles à plusieurs niveaux ?
C’est possible, sous certaines réserves. Mais ça ne sera pas possible pour des bâtiments de 4e famille. Un bardage à claire-voie et bardage à faux claire-voie est différent. En faux claire-voie, la façade est continue ; le feu n’attaque que sur une face du bois. Alors que’en claire-voie, le feu attaque sur 3 côtés du morceau de bois. La protection avec une plaque de plâtre derrière le bardage est très efficace. Le bardage brûle, mais le plâtre ne bouge pas. Le feu ne se transmet pas à l’intérieur.

>Pour l’étanchéité à l’air, comment sont traitées les pénétrations de réseaux sur une façade d’ossature bois ? Est-ce que le scotch suffit ?
Non, le scotch seul ne suffit pas. On essaye de concentrer toutes les gaines au même endroit pour avoir le moins d’intervention possible. Lorsqu’il y a des sorties extérieures, on joue avec des jeux de patchs d’EPDM qui eux vont être re-scotchés sur le support, l’OSB ou le pare-pluie. Ce jeu de patch a un diamètre inférieur à celui du tuyau, ce qui va faire une lèvre qui va bien l’épouser. Pour un câble électrique, on va avoir un patch qui va entourer la gaine et un deuxième patch qui va entourer le tuyau ou le fil à l’intérieur de la gaine. Et le scotch pour étancher autour du patch, faire le lien entre le support et le patch.
Pour les réseaux, tout le lot technique a été réalisé par l’équipe interne à la Ville de Paris. Ils sont allés chez SCE-Le Chênelet pour apprendre les bons gestes, car le scotch ne suffit pas. Habituellement on essaye de tout rassembler au même endroit. Ce qui est important dans toutes ces pénétrations, c’est que TOUS les acteurs du chantier doivent être sensibilisés à cela. Lorsqu’il faut percer pour un passage, c’est la même équipe qui perce et qui étanche derrière, en accord avec les autres équipes.

>Est-ce qu’on aurait pu assurer la même étanchéité à l’air si on avait eu un enduit plâtre en extérieur et un enduit terre à l’intérieur directement sur la paille ?
Pour le Chênelet, la membrane pare-vapeur à l’intérieur est indispensable pour une bonne étanchéité. Cependant on s’améliore, aujourd’hui on parvient à avoir de meilleures étanchéités à l’air avec des enduits terre en finitions. Il faut avoir les techniques spécifiques. Dans les règles professionnelles, il y a toutes les conditions pour respecter l’étanchéité à l’air avec la terre. Les questions de l’étanchéité à l’air sont encore récentes, elles sont vraiment prises en compte depuis seulement une dizaine d’années.